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Pour créer de toutes pièces une "forêt naturelle", ne brûlons pas les étapes

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Le paysage initial ou écocomplexe véritable banque de semences diversifiées - Lucey (54).

Crédit photo F.Moyses

Il y a 40 ans, le boisement de terres agricoles en déprise était une approche nouvelle, elle se déclina selon deux itinéraires. D'abord il y a eu le recours aux résineux (épicéa commun en majorité) plantés à haute densité à l'hectare: facilement installés mais peu éclaircis, ils subissent aujourd’hui, de plein fouet, l'attaque des bio-agresseurs.

Ensuite, et très rapidement durant les années 1990, « l'invention des feuillus précieux » par un groupe de forestiers passionnés a parfaitement contribué à généraliser les expériences de boisements d'anciennes terres agricoles. Le peuplier a également bénéficié de cet engouement car plus adapté aux terres « mouilleuses ». Les atouts biologiques (croissance rapide) et économiques (promesses de revenus élevés à court et moyen termes) des feuillus précieux ainsi que les financements du Fond forestier national (FFN) furent parmi les arguments les plus efficaces pour entraîner les proprié- taires forestiers dans cette aventure.

Des techniques de boisement à faire évoluer

Entre 1992 et 1996, 5.000 ha/an ont été reboisés alors qu'environ 110.000 ha/an devinrent des friches ou landes, dont seulement 35.000 à 45.000 ha/an acquerront un statut de boisement à long terme (F. RUCHAUD 1999). Rappelons tout de même que les « friches » avaient, et ont encore, une connotation négative dans l'esprit de nombreux propriétaires et gestionnaires. De 1995 à 1997, une grande enquête diligentée par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche (DERF) et réalisée conjointement par l'AFOCEL et le Cemagref a montré des résultats plutôt décevants pour les feuil- lus et les peupliers : les techniques de boisements encore balbutiantes (plantations à larges espacements avec ou sans bourrage) manquaient de recul, les entretiens faisaient souvent défaut (exemple : absence d'élagage et de taille de formation), les dégâts causés par certains animaux furent sévères et le recours aux protections une source de dépenses exorbitantes. Notons, malheureusement, que certaines de ces observations sont tou-jours d'actualité !

Cependant, loin de décrier les pratiques de cette époque, car à titre personnel j'en fus un acteur engagé au travers d'une collaboration avec la FVFE, nous allons, au contraire, en tirer un enseignement précieux. De nos jours, la déprise agricole a considérablement perdu en intensité car la valeur des terres agricoles est sans commune mesure avec celle des friches voir des jeunes peuplements forestiers. Nous observons même un mouvement inverse comme par exemple la reconquête de terres boisées pour la viticulture (vignoble alsacien) ou, tout simplement, la réouverture des paysages et la réinstallation d'agriculteurs au sein de vallées fermées par les plantations de résineux (certaines vallées vosgiennes).

Les "forêts natives" ont le vent en poupe

Parallèlement d'autres préoccupations voient le jour : il s'agit essentiellement de la restitution à la nature d'anciennes friches industrielles ou terrains dégradés et/ou polluées, ainsi qu'un engouement social et écologique pour la création d'espaces forestiers. Ce dernier projet a le vent en poupe comme nous le montre « l'action participative contre la déforestation » qui milite pour la mise en œuvre d'actions locales « près de chez soi », actions plus directes, plus visibles, plus maîtrisables sur le moyen et le long terme que le sont les dons et financements accordées à la lutte contre la déforestation lointaine.

Une méthode de plantation conçue par le botaniste Akira MIYAWAKI, basée sur la conception de « forêts natives », est fortement plébiscitée : « Exploiter de manière naturelle tout le potentiel extraordinaire de la végétation » est le leitmotiv, très légitime de ce mouvement. Enfin, d'autres stratégies consistent à recréer de la forêt notamment dans les zones qui en sont dépourvues pour remettre en place soit des trames vertes véritables corridors boisés, soit des ceintures vertes à buts social et écologique.

Planter une forêt, même mélangée, est, en soi, une tâche relativement aisée si nous nous contentons d'installer les plants selon un schéma improvisé, avec l'unique satisfaction d'avoir introduit de la diversité. Par contre, il n'est pas mission facile de s'assurer que notre plantation croisse et se développe avec une certaine harmonie et qu'elle puisse, ainsi, générer un écosystème suffisamment stable et robuste sur le long terme.

Ne pas brûler les étapes

Pour y contribuer, les fondations de ce système complexe seront créées de toute pièce mais elles devront être étudiées et préparées pour permettre à la dynamique naturelle de s'y glisser, de s'y associer voire de les renforcer ; ce qui pourrait apparaître comme une alchimie s’avérera être une excellente technique écologique en capacité à créer de la diversité, tant spécifique que paysagère, de la renouveler en permanence même si celle-ci semble s'éroder avec le temps.

Enfin, chaque fois que la mission nous y contraindra nous devrons relever le défi supplémentaire de la garantie d'une production future de bois de qualité. Nous allons, au travers de cette étude, tenter de comprendre et appliquer les méthodes de travail qui nous permettrons de nous engager sur la bonne voie et d'apprendre à ne pas brûler les étapes au risque, et vous le comprendrez aisément, de faire fausse route.

Pour découvrir la suite de l'article abonnez-vous au magazine La Forêt Privée ! Cliquez ici pour en savoir plus.

 

Auteur

  • François Moyses, Ingénieur forestier et formateur

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