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Ruée à venir sur l’énergie du bois ? Arbitrages entre technologies par l’UE

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Crédit photo F. Hermann

Les amendements sur la biomasse, faisant partie de la directive européenne sur les énergies renouvelables, ont été votés en plénière au Parlement européen mercredi 14 septembre, déconseillant aux États les subventions pour la biomasse utilisée dans les centrales électriques et incitant à la réduction progressive du bois primaire comme énergie renouvelable.

« Mercredi 14 septembre, les députés ont voté pour porter à 45 % la part des énergies renouvelables dans la consommation globale d’énergie de l’UE d’ici à 2030, dans le cadre de la révision de la directive relative aux énergies renouvelables (RED). Cet objectif est également soutenu par la Commission européenne dans le contexte de son paquet RepowerEU », a annoncé l’Union européenne la semaine dernière. « La législation définit également des sous-objectifs pour les secteurs tels que le transport, la construction, le chauffage ou le refroidissement urbain. Dans le secteur des transports, le déploiement des énergies renouvelables devrait aboutir à une réduction de 16 % des émissions de gaz à effet de serre, via l’utilisation d’une part accrue de biocarburants avancés et des quotas plus ambitieux pour les carburants renouvelables d’origine non biologique tels que l’hydrogène. L’industrie devrait augmenter l’utilisation des énergies renouvelables de 1,9 points de pourcentage par an, et le chauffage urbain de 2,3 points.

Chaque État membre devra développer deux projets transfrontaliers afin d’accroître l’électricité verte. Les États membres consommant plus de 100 TWh par an devront en développer un troisième d’ici à 2030.

Les députés ont par ailleurs adopté des amendements appelant à la réduction progressive de la part du bois primaire considérée comme une énergie renouvelable. Le texte a été adopté par 418 voix pour, 109 contre et 111 abstentions. »

Bois-énergie, bois matériau : les usages du bois, un des principaux produits à ce jour de la forêt (qui fut aussi nourricière, pourvoyeuse de résine, etc.), ont varié au fil du temps. L’usage énergétique est passé au second plan quand le charbon de terre (avant le pétrole) s’est substitué au charbon de bois dans la deuxième moitié du XIXe siècle. De nouveau depuis trente ans − avec les politiques favorables aux énergies renouvelables en parallèle de l’avènement du concept de changement climatique anthropique (dû aux activités humaines) −, l’usage énergétique du bois a été promu. Différentes formes nouvelles de bois-énergie sont apparues : plaquettes pour les chaufferies urbaines et la cogénération, granulés pour les poêles et chaudières des particuliers mais aussi des collectivités, carburants de deuxième génération (dits aussi « avancés »).

Dans ce dernier cas − production de « bois carburant » −, le bois est vu comme un nouveau pétrole. Une des grandes forces du pétrole, à part d’avoir été abondant et bon marché, et d’être à la fois source d’énergie et de matériaux, grâce à la pétrochimie. C’est la même chose pour le bois, qui peut fournir carburant (par voie biochimique ou thermochimique) et molécules plateformes grâce à la xylochimie. Ces deux usages du bois ont entraîné l’apparition du mot de « bioéconomie », tendant à effacer la filière bois traditionnelle. D’importants fonds de recherche publique-privée sont alloués à la « bioéconomie », qui est censée pourvoir les avions en carburant à l’avenir et « décarboner » l’industrie du plastique notamment (si pallier la difficulté géostratégique des pétroliers à s’approvisionner n’est pas son premier objectif…).

Dans ce contexte, le bois était déjà bien sollicité, et les conflits d’usages se profilaient (carburants « avancés » et xylochimie étant réservés aux groupes financiarisés, compte tenu des niveaux d’investissement). Aujourd’hui la bascule énergétique poussée par le concept de changement climatique anthropique se voit encore stimulée par la pénurie en énergie fossile produite par la politique Union européenne/Otan vis-à-vis de la Russie.

Le bois-énergie vient à manquer. La pénurie de granulés est actée. « Ce phénomène [de la hausse du prix du granulé] m'est remonté à chaque fois que j'effectue un déplacement », a noté le ministre de l'Économie sollicité à ce sujet la semaine dernière. Il s’est dit « favorable » à une « aide spécifique sur le pellet », à destination des ménages ayant fait ce choix de chauffage « judicieux du point de vue environnemental ».

Plus que jamais, on se rend compte que du bois-énergie, il n’y en aura peut-être pas assez pour tout ! La question est : pour quoi y en aura-t-il ?

Extraits de la Directive sur les énergies renouvelables / Amendements du Parlement européen, adoptés le 14 septembre 2022

L’arbitrage mis en place par la commission européenne et entériné par le vote au Parlement européen du mercredi 14 septembre réaffirme l’usage en cascade de la biomasse.

« Il est de plus en plus admis qu’il est nécessaire d’aligner les politiques en matière de bioénergie sur le principe de l’utilisation en cascade de la biomasse, en vue de garantir un accès équitable au marché des matières premières de la biomasse pour le développement de solutions biologiques innovantes à forte valeur ajoutée et d’une bioéconomie circulaire durable. Lorsqu’ils élaborent des régimes d’aide en faveur de la bioénergie, les États membres devraient donc tenir compte de la source durable de biomasse disponible pour des utilisations énergétiques et non énergétiques, du maintien des puits de carbone et écosystèmes forestiers nationaux, de la protection de la biodiversité, des principes de l’économie circulaire et de l’utilisation en cascade de la biomasse, ainsi que de la hiérarchie des déchets établie dans la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil. Ils devraient toutefois avoir la possibilité d’octroyer une aide pour la production d’énergie à partir de souches ou de racines lorsqu’il s’agit de déchets ou de résidus de travaux effectués avant tout à des fins de conservation de la nature et de gestion du paysage, par exemple en bordure de route. En tout état de cause, les États membres devraient éviter de promouvoir l’utilisation de bois rond de qualité pour des utilisations énergétiques, sauf dans de circonstances bien définies, comme la prévention des feux de forêt et l’exploitation complémentaire. Conformément au principe d’utilisation en cascade, la biomasse ligneuse devrait être utilisée en fonction de sa valeur ajoutée économique et environnementale la plus élevée, selon l’ordre de priorité suivant : 1) produits à base de bois, 2) allongement de la durée de vie, 3) réutilisation, 4) recyclage, 5) bioénergie et 6) élimination. Lorsque plus aucune utilisation de la biomasse ligneuse n’est économiquement viable ou appropriée sur le plan environnemental, la valorisation énergétique aide à réduire la production d’énergie à partir de sources non renouvelables. »

« En outre, afin de garantir une utilisation plus efficace de la bioénergie, à partir de 2026, les États membres ne devraient plus accorder de soutien aux installations exclusivement électriques, sauf si les installations se trouvent dans des régions ayant un statut d’utilisation spécifique en ce qui concerne leur abandon des combustibles fossiles, si elles utilisent le piégeage et le stockage du CO2 ou si elles ne peuvent pas être modifiées en installations de cogénération, dans des cas exceptionnels et justifiés et après approbation de la Commission. »

« L’électricité renouvelable peut également être utilisée pour produire des carburants de synthèse destinés à des secteurs du transport difficiles à décarboner, tels que l’aviation et le transport maritime ».

Électricité, granulés : deux formes d’énergie du bois connaissent des coups d’arrêt (l’un issu de la réglementation, l’autre de la concurrence). Pendant ce temps, carburants « avancés » et xylochimie, qui se nourriront demain de plaquettes forestières, continuent d’être promus.

Le Finlandais Nils Torvalds, du groupe centriste Renew du Parlement qui dirige la proposition sur la biomasse, a estimé, rapporte Euractiv, « que les subventions à la biomasse étaient nécessaires il y a des années pour aider à amener les biocarburants de première génération sur le marché de l'UE », mais qu’« elles ne peuvent pas rester indéfiniment car elles ne sont plus utiles » et « contre-productives à bien des égards, tant du point de vue économique que du point de vue de la restauration de la nature et de la biodiversité ». L'association Bioenergy Europe a elle estimé extrêmement préoccupante l’interdiction d'utilisation de la « biomasse primaire » comme énergie renouvelable et s’y est opposée.

Du bois est beaucoup attendu : chauffer aujourd’hui les populations (granulés, électricité…) ou privilégier pour demain les carburants et matériaux « propres » pour une frange de la population qui prendra l’avion et consommera des aliments en emballages individuels décarbonés et profitera de loisirs en forêt… C’est cette dichotomie dans laquelle se trouvent − ou plutôt qu’ont convoquée − la Commission et la plupart des gouvernants de l’Europe. Il se pourrait qu’ils aient choisi de laisser derrière eux, en faisant le choix de la décarbonation à tout prix, les masses. Il est vrai que cette décarbonation à tout prix, basée sur la technologie, promet la croissance (de la richesse et donc de la consommation) à certains, au contraire d’une diminution équitable et d’une relocalisation de la consommation, de la suppression de certains emballages, d’un localisme prometteur d’économies d’énergie…

Gestion forestière

Bois-Energie

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